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Revue de presse de FĂ©vrier 2019

1- Des iguanes réintroduits sur une île des Galapagos où ils avaient disparu, AFP, 09/01/19, 18:00


2- Oregon : des otaries trop gourmandes euthanasiées pour sauver une truite menacée, AFP, 11/01/19, 23:00


3- Roméo, une des dernières grenouilles de son espèce, a trouvé sa Juliette, AFP, 15/01/19, 20:00, José Arturo Cárdenas


4- Aux Etats-Unis, les papillons, improbables victimes d'un mur à la frontière, AFP, 18/01/19, 14:00, Inès Bel Aiba


5- Quand tortues, lions et serpents remplacent chiens et chats domestiques, Le Monde, 19/01/19, 10h04, Bruno Meyerfeld


6- La survie des guépards menacée par la mode des félins de compagnie, Le Monde, 19/01/19, 10h26, Bruno Meyerfeld


7- Le commerce florissant des os de lion en Afrique du Sud, The Conversation, 20/01/19, 20:53. Par Ross Harvey, Senior Researcher in Natural Resource Governance (Africa), South African Institute of International Affairs


8- Galapagos : guerre contre les rats, menace sur la mouette nocturne, AFP, 24/01/19, 23:00


9- Pyrénées-Orientales : le loup qui voulait mourir parmi les hommes, Le Parisien, 31/01/19, 10h03, Christian Goutorbe



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1- Des iguanes réintroduits sur une île des Galapagos où ils avaient disparu, AFP, 09/01/19, 18:00

Près de 1.500 iguanes terrestres ont été réintroduits sur une île de l'archipel équatorien des Galapagos, où ces reptiles avaient disparu il y a presque deux siècles, après avoir été répertoriés par le naturaliste britannique Charles Darwin.
Les 1.436 iguanes de l'espèce des Conolophus subcristatus ont été lâchés sur l'île de Santiago dans le cadre d'un programme de restauration de l'environnement, a indiqué le Parc national des Galapagos (PNG) dans un communiqué. Ils avaient été prélevés sur une île inhabitée de l'archipel, Seymour Norte.
La présence d'iguanes à Santiago avait été signalée la dernière fois en 1835 lors de la visite de Charles Darwin, inventeur de la théorie de l'évolution des espèces, dans le nord-est de l'île de Santiago. 
"Presque deux siècles plus tard, cet écosystème va retrouver cette espèce grâce à ce programme de restauration" écologique, s'est félicité le Parc. 
Selon son directeur, Jorge Carrión, la population d'iguanes sur Santiago avait disparu en raison de la présence d'espèces invasives comme le cochon sauvage, éradiqué depuis 2001.
Les iguanes ont été lâchés dans une zone où l'écosystème est similaire à celui de leur habitat naturel, avec une végétation dense, utile pour leur alimentation. 
Il s'agit aussi de protéger la population d'iguanes de l'île de Seymour Norte, estimée à 5.000 individus, face aux faibles ressources alimentaires. 
L'archipel des Galapagos est situé à un millier de kilomètres des côtes équatoriennes. Il possède une flore et une faune endémique uniques au monde, ce qui en fait un des écosystèmes les plus fragiles de la planète. Il a été classé par l'Unesco au Patrimoine naturel de l'Humanité.

 

2- Oregon : des otaries trop gourmandes euthanasiées pour sauver une truite menacée, AFP, 11/01/19, 23:00


Les autorités de l'Oregon ont commencé à euthanasier des otaries dont la gourmandise menace d'extinction une espèce de truite dans une rivière de cet Etat du nord-ouest des Etats-Unis.
Les otaries de Californie (Zalophus californianus) vivent d'ordinaire sur la côte, à plusieurs dizaines de kilomètres de Willamette Falls, au sud de Portland. Mais en remontant le cours d'eau à la poursuite des poissons dont elles raffolent, certaines d'entre elles se sont aperçues qu'elles pouvaient facilement se repaître des truites arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) qui se rassemblent près de ces chutes d'eau.
Selon des biologistes marins, les otaries se sont littéralement passé le mot et menacent à présent la survie de ces truites, qui parviennent à l'âge adulte dans l'océan Pacifique, mais reviennent pondre sur le lieu de leur naissance, comme les saumons.
"Depuis les années 1990, les otaries ont consommé des dizaines de milliers de poissons migrateurs, dont beaucoup appartiennent à des espèces menacées et protégées au niveau fédéral", explique sur son site le Département de la faune sauvage et de la pêche de l'Oregon.
Certains hivers, seules quelques centaines de truites arc-en-ciel sauvages survivent à Willamette Falls, ce qui menace à terme la survie de l'espèce.
Barrières, cartouches explosives pour les effrayer, relocalisation par camion sur les plages du Pacifique: aucune des mesures mises en oeuvre par les autorités locales n'ont réussi à tenir à l'écart du site les otaries, qui ne mettaient généralement pas plus de quelques jours pour y revenir.
L'Oregon a donc demandé à l'Etat fédéral l'autorisation d'euthanasier les fauteurs de trouble, ce qui lui a été accordé en décembre.
L'élimination des otaries de Willamette Falls est toutefois très encadrée, car elles appartiennent elles-mêmes à une espèce protégée, qui avait failli disparaître en raison de la chasse. Sa population approche désormais les 300.000 individus sur la côte ouest des Etats-Unis.
L'Oregon a été autorisé à euthanasier jusqu'à 93 otaries par an à Willamette Falls, mais selon Bryan Wright, responsable du Département de la faune sauvage cité par la télévision publique de l'Etat, seules une quarantaine d'entre elles devraient être éliminées d'ici le mois de mai.

 

3- Roméo, une des dernières grenouilles de son espèce, a trouvé sa Juliette, AFP, 15/01/19, 20:00, José Arturo Cárdenas

La grenouille bolivienne Roméo, célibataire et sans enfant, a trouvé sa Juliette. Ne manque plus que les flèches de Cupidon pour rapprocher les deux amphibiens et tenter de sauver leur espèce menacée.
Roméo vit depuis une dizaine d'années au Muséum d'histoire naturelle de Cochabamba, en Bolivie. Avec une espérance de vie d'une quinzaine d'années, il était jusqu'ici la dernière grenouille connue de son espèce.
En février dernier, il est devenu mondialement célèbre. Pour la Saint-Valentin, les gardiens de cette grenouille aquatique de Sehuencas (Telmatobius yuracare) ont décidé de passer à la vitesse supérieure afin de tenter de lui trouver sa moitié : un partenariat avec le site de rencontres Match.com a été mis en place.
L'établissement et le Global wildlife conservation (GWC) se sont donc associés au premier site de rencontres mondial en vue de lever des fonds.
Quelque 25.000 dollars (21.900 euros) ont été récoltés, bien au-delà de l'objectif initial de 15.000 dollars (13.200 euros), selon Teresa Camacho Badani, responsable du département d'herpétologie du Muséum de Cochabamba.
La collecte a permis de lancer l'exploration de cours d'eau boliviens, pour tenter de localiser une femelle de son espèce, y compris encore au stade de têtard.
Depuis le mois de novembre, quatre expéditions de 6 jours chacune, ont eu lieu : outre Juliette, les scientifiques ont rapporté quatre autres spécimens, trois mâles et une femelle.
Il reste d'autres zones à explorer et "nous le ferons jusqu'au mois de mars", lorsque la saison des pluies se termine, a expliqué Teresa Camacho.
Juliette "a été découverte au cours d'une expédition dans les bois nuageux de Bolivie, dans une zone qui se trouve entre les localités de Pojo et Comarapa" dans le centre du pays, a déclaré à l'AFP la responsable du musée.
C'est dans cette même zone, il y a une dizaine d'années, que des biologistes avaient découvert Roméo. 
"Voilà 10 ans que Roméo, la dernière grenouille aquatique de Sehuencas connue, ne connaît pas l'amour. Mais le sort de cet heureux célibataire est sur le point de changer radicalement", affirme GWC dans un communiqué.


- Rendez-vous arrangé -
La promise et ses congénères récemment découverts ont été placés en quarantaine dans une partie du musée pour qu'ils puissent s'acclimater à la captivité dans des conditions reproduisant leur environnement naturel. 
Ils reçoivent également un traitement contre la chytridiomycose, maladie causée par un champignon tueur, le Batrachochytrium dendrobatidis (Bd), qui fait des ravages parmi les amphibiens en Europe, sur le continent américain et en Australie.
La priorité est désormais d'apprêter Juliette pour sa rencontre avec Roméo. Lui est de couleur marron avec des tâches sombres et mesure 62,04 millimètres. Elle, fait 55,6 millimètres, et est un peu plus sombre.
"Après cela, Roméo rencontrera sa Juliette. On veut aussi s'assurer des conditions parfaites pour leur rendez-vous arrangé", confie la responsable du musée. 
"Pour reproduire les conditions naturelles, nous avons pris des mesures de température et de qualité de l'eau dans les cours d'eau", détaille-t-elle, espérant que ce soit un "coup de foudre !".
Réponse le 14 février, jour de la Saint-Valentin, où la rencontre a été programmée.
Si tel n'est pas le cas, les experts envisagent d'autres alternatives, comme le recours à la science ou l'accouplement d'autres spécimens.
GWC a également annoncé qu'au côté du musée "ils travailleront également avec un laboratoire de l'université Macquarie de Sydney, en Australie, pour collecter et congeler le sperme de Roméo et les gamètes (sperme, ovules) des autres grenouilles pour que nous puissions tenter la fécondation in vitro".
Le Global wildlife conservation rappelle que par le passé, les grenouilles aquatiques de Sehuencas étaient très nombreuses au fond des petits ruisseaux et rivières des zones humides des forêts boliviennes.
Le changement climatique, conjugué à la destruction de leur habitat, la pollution et les maladies, ont fait chuter drastiquement leur nombre.

 

4- Aux Etats-Unis, les papillons, improbables victimes d'un mur à la frontière, AFP, 18/01/19, 14:00, Inès Bel Aiba

A Mission, au Texas, la construction d'une partie du "grand et beau mur" promis par Donald Trump pour lutter contre l'immigration clandestine est sur la bonne voie. Parmi les futures victimes pourrait bien figurer la faune, en particulier les papillons.
Mission, dans la vallée du Rio Grande, abrite le Centre national des papillons, une organisation privée à but non lucratif entièrement dédiée à la préservation de ces insectes.
"Avant, ici, c'était un champ d'oignons", dit Luciano Guerra, l'un des responsables du Centre.
"Nous l'avons ramené à son état naturel, créé un habitat pour les papillons (...). Et en créant un habitat pour les papillons, nous avons aussi attiré" toutes sortes d'autres animaux, ajoute-t-il. 
Résultat, jusqu'à 200 espèces de papillons ont été recensées ici. Au printemps et à l'automne, on peut observer "de 80 à 100 espèces en une seule journée", précise M. Guerra.
Parmi elles, le fameux monarque orange et noir, le papillon Reine ou l'Agraulis vanillae. 
Au bord du Rio Grande tout proche, frontière naturelle avec le Mexique, et au milieu de la végétation se trouvent aussi des lynx, des coyotes, des pécaris, des tatous et des tortues du Texas.


- Futur "désert biologique" -
Aussi un mur serait-il dévastateur, prévient le Centre national des papillons, dont la directrice exécutive Marianna Trevino Wright est allée à Washington pour témoigner mercredi devant les membres démocrates d'une commission parlementaire sur les ressources naturelles, et exhorter la classe politique à agir.
Le financement du mur qui doit passer par ici a été approuvé l'an dernier. Selon les informations du Centre, la construction de cette portion d'une cinquantaine de kilomètres pourrait commencer dès fin février. 
Mme Trevino Wright s'est insurgée devant les élus que de nombreuses lois sur la protection de l'environnement aient tout simplement été écartées par le gouvernement.
Le mur et les projecteurs aveuglants qui l'accompagneront "vont perturber les activités crépusculaires et nocturnes des plantes et des animaux, transformant ce qui est aujourd'hui un écosystème plein de vie mais menacé en désert biologique", a-t-elle dit.
"Les gens disent que les papillons peuvent voler par-dessus, au milieu ou contourner (le mur). Pas nécessairement", explique M. Guerra. "Certains papillons volent bas, ils ne pourraient pas survoler un mur en béton de plus de cinq mètres".
En outre, "quand les bulldozers viendront préparer le terrain au mur frontalier, ils vont abattre des arbres, des plantes, la végétation hôte pour les espèces que nous avons ici", déplore-t-il.
Ces mêmes arbres accueillent les nids de plusieurs espèces d'oiseaux, en particulier au printemps, et plusieurs mammifères risquent de voir leur habitat détruit ou encore d'être écrasés par les véhicules servant aux travaux, poursuit Luciano Guerra.


- Une crise à la frontière ? -
Selon les plans dont ils ont été informés, le mur coupera la propriété quasiment en deux.
Y aura-t-il un portail permettant de passer entre les deux parties du terrain ? "Nous ne le savons pas, ils ne veulent pas encore nous le dire." 
Le Centre a donc porté plainte pour violation de propriété privée, sans grand espoir.
"Il est possible que la plainte n'arrive devant la cour qu'une fois que le mur aura été construit", regrette M. Guerra.
Une perspective d'autant plus rageante pour lui que la crise à la frontière dont parle le président Trump est, assure-t-il, largement exagérée. "S'il y avait une crise, je ne vivrais pas ici", lance-t-il.
Pourtant, Luciano Guerra l'a écrit en décembre dans une tribune publiée dans le Washington Post : il a voté pour Donald Trump en 2016. Mais ulcéré par sa politique, ce "républicain de toujours" ne lui donnera pas sa voix s'il se représente en 2020.
"Nous ne sommes pas pour l'ouverture des frontières. Nous pensons que les lois sur l'immigration devraient être appliquées, mais il y a d'autres moyens de le faire", dit-il à l'AFP. "Les murs, c'est vieux et dépassé".

 

 

5- Quand tortues, lions et serpents remplacent chiens et chats domestiques, Le Monde, 19/01/19, 10h04, Bruno Meyerfeld

De nombreuses espèces sauvages sont l’objet d’un trafic pour satisfaire un engouement qui s’étend dans le monde.
« Tortues, serpents, oiseaux de proie, autruches, gazelles, hyènes… On voit passer toutes les espèces imaginables », s’étrangle Günther Wirth, de l’agence de coopération allemande GIZ. Ce dernier lutte depuis le Somaliland contre le commerce illégal d’espèces sauvages venant d’Afrique. « Les guépards sont les plus concernés par le trafic, poursuit-il, mais ils sont loin d’être la seule espèce sauvage à être braconnée pour servir d’animaux de compagnie dans le Golfe. »
A Dubaï ou à Riyad, nul ne songe à se contenter d’un chat ou d’un vulgaire cabot. On pourrait allonger sa liste sans difficulté, avec lions, léopards, chimpanzés, gibbons, mais aussi loups, jaguars d’Amazonie, orangs-outans de Sumatra, tigres du Bengale ou de Sibérie… Sur les réseaux sociaux, les vendeurs sont souvent les mêmes que pour les guépards, ce qui permet de douteux « achats groupés ».

 

6- La survie des guépards menacée par la mode des félins de compagnie, Le Monde, 19/01/19, 10h26, Bruno Meyerfeld

Braconnés en Afrique, ils sont achetés par de riches habitants des pays du Golfe qui les exhibent sur les réseaux sociaux.
Sur les photos, une femme est allongée dans son lit sous les couvertures, accompagnée d’un couple de guépards. Un homme tient nonchalamment son félin en laisse, joue avec lui sur son sofa ou dans son jardin. Un autre attache le véloce prédateur sur le siège passager de son 4 x 4, avant de l’emmener faire un peu d’exercice dans les dunes.
Ces clichés délirants proviennent tous des pays du Golfe. Aux Emirats, au Qatar, au Koweït, à Bahreïn ou en Arabie saoudite, des guépards capturés en Afrique sont utilisés illégalement comme animaux de compagnie, résultat d’un vaste trafic qui menace la survie de l’espèce.
Chaque année, selon des experts, autour de 300 félins seraient arrachés à la savane pour finir dans des appartements de Riyad ou d’Abou Dhabi – soit 1 200 à 1 500 guépards sur les cinq dernières années. « Ces chiffres peuvent sembler modestes, comparés aux dizaines de milliers d’éléphants abattus tous les ans, mais ils sont en réalité dramatiques », selon William Crosmary, directeur de programme pour Traffic, un réseau de surveillance du commerce de faune sauvage en Afrique de l’Est.
La population du félin, connu pour ses sprints à 120 km/h, s’est effondrée, passant de 100 000 individus au début du XXe siècle à seulement 7 100 aujourd’hui, avec une accélération brutale ces vingt dernières années. Autrefois présent du bassin du Congo jusqu’à l’est de l’Inde, il est maintenant confiné sur à peine 9 % de son territoire originel, essentiellement en Afrique australe et orientale, avec des groupes fragmentés ne comptant souvent plus que quelques dizaines d’individus.


Jusqu’à 15 000 dollars pour un guépard
« La route du guépard, on la connaît bien », enchaîne M. Crosmary. Les félins, braconnés dans la Corne de l’Afrique, dans le nord du Kenya et en Ethiopie, « traversent le golfe d’Aden dans des boutres vers le Yémen, avant d’être remis aux commerçants de la péninsule, qui transportent ensuite l’animal vers l’Arabie saoudite » ou le « redistribuent » chez les différents clients de la région, souvent par voie aérienne. « Le trafic passe par beaucoup de zones grises, en proie à la guerre ou à la famine », poursuit M. Crosmary. Autant d’endroits où un « gros chat » passe facilement inaperçu, et peut rapporter gros : jusqu’à 15 000 dollars (13 200 euros) pour un guépard vendu dans le Golfe.
Mais encore faut-il qu’il survive à la traversée : les ONG estiment que plus de la moitié voire les deux tiers des animaux meurent en route, faute de soins. Une fois à destination, l’hécatombe continue. Les guépards, retenus dans des maisons ou des appartements – parfois des salles de bains –, nourris de pâtée pour chat ou de sucreries, tombent vite malades et trépassent souvent en quelques mois ou en une poignée d’années.
« Un guépard prélevé dans la nature est un guépard mort », résume Patricia Tricorache, pionnière de la lutte contre le trafic au Fonds de conservation du guépard (Cheetah conservation fund, CCF) et auteure de nombreux rapports sur le sujet. Le plus récent, publié en septembre 2018, souligne le poids écrasant des réseaux sociaux dans le braconnage du félin : « Entre 2012 et 2017, j’ai recensé 1 367 guépards “offerts” à la vente dans le Golfe, soit l’équivalent de 20 % des guépards vivant à l’état sauvage », résume la chercheuse.
Plus des trois quarts des 906 annonces recensées ont été publiées sur le seul réseau Instagram, en majorité depuis l’Arabie saoudite. Nul ne se cache : les comptes sont publics. Sur ces plates-formes en ligne, les trafiquants postent sans crainte photos, vidéos et prix des guépards à vendre, mais aussi leur numéro de téléphone ou leur localisation. Parfois même leur nom et un selfie.


L’extermination d’une espèce par le « like »
Les acheteurs ne sont pas plus discrets, commentant les annonces et négociant les prix. Une fois livrée, la bête est aussi exhibée sans retenue sur ces mêmes réseaux. On pose fièrement avec son guépard et une voiture de sport ou un sac Louis Vuitton, en djellaba ou en manteau de… fourrure, sur fond de drapeau national ou de versets du Coran. Chic ou viriliste, pieuse ou patriotique, la mise en scène varie. Mais le but est le même : avoir le plus de « likes » et de commentaires.
Aux Emirats ou au Koweït, avoir un guépard est devenu tendance, et même populaire. La domestication du félin, pratiquée depuis des siècles dans le Golfe pour la chasse à la gazelle, n’est plus un luxe réservé à l’aristocratie. « Il n’est pas rare de voir un guépard se promener dans la rue ou sortir la tête par la vitre ouverte d’une voiture », explique un bon connaisseur du dossier travaillant dans la région. « C’est l’extermination d’une espèce par le “like”, se désole Patricia Tricorache. Tout ça pour une question de mode, d’ego et de statut social ! »
Le commerce du guépard, animal inscrit à l’annexe I de la Convention de Washington sur le commerce des espèces menacées (Cites), est pourtant interdit. Mais le sujet ne s’est imposé comme une priorité que tardivement, vers 2015. Depuis, la Cites a adopté des recommandations et a commencé l’élaboration d’un kit d’information à destination des douaniers. Sous la pression, plusieurs pays du Golfe ont durci leur législation. La loi la plus coercitive est entrée en vigueur début 2017 aux Emirats, punissant la possession d’animaux dits « dangereux » de 2 300 à 167 000 euros d’amende et jusqu’à six mois de prison.


+ Carte de la présence du guépard. UICN
« Le guépard n’est plus un problème pour nous », soutient Shereefa Al-Salem, haute responsable à l’Autorité publique de l’environnement du Koweït. L’accès aux réseaux sociaux est désormais limité pour les trafiquants, et « avoir un guépard chez soi n’est plus quelque chose de populaire ».
On s’étonne, faisant remarquer qu’un simple coup d’œil sur les réseaux sociaux permet de dénicher des Koweïtiens propriétaires de félins. « Envoyez-moi les liens, je transmettrai à la justice », demande Mme Al-Salem, avant d’avouer ne « pas savoir » combien de guépards sont présents au Koweït ni si des condamnations ont déjà été prononcées pour possession illégale.


« Un système opaque »
Les lois sont-elles appliquées ? De l’aveu même des autorités, aucune confiscation de guépard n’a eu lieu depuis 2015 dans le Golfe. « Certains pays, comme les Emirats, sont devenus sensibles à leur réputation et font des efforts. Mais les autres ne sont pas très impliqués. L’Arabie saoudite, au cœur du trafic, a un système opaque et communique très peu d’informations. C’est une attitude très inquiétante », relève Colman O’Criodain, expert au Fonds mondial pour la nature.
A défaut, les efforts des ONG se concentrent aujourd’hui sur le Somaliland. Le pays, avec son grand port de Berbera, est considéré comme la plaque tournante du trafic. Là, plusieurs progrès ont été enregistrés : en 2018, une quinzaine de guépards ont été confisqués et deux trafiquants arrêtés, condamnés chacun à 300 dollars d’amende et trois ans de prison.
Mais tout cela reste embryonnaire. Le Somaliland, indépendant depuis 1991, non reconnu par la communauté internationale, est l’un des Etats les plus pauvres de la planète. Le pays ne dispose ni de vétérinaires ni d’infrastructures adaptées. Et plus de la moitié des guépards secourus des trafiquants par les ONG meurent encore dans les semaines suivantes.
La contrebande de guépards est un bon moyen de survie pour plusieurs clans locaux, très impliqués dans le trafic. « Les Somalis sont des pastoralistes, sans compassion pour la vie sauvage. Le guépard est encore vu comme un ennemi du troupeau », s’attriste Shukri Ismail Bandare, ministre de l’environnement du jeune Etat, grand comme la Grèce. D’ailleurs, « nos ressources sont limitées, ajoute-t-elle. Mon ministère a un budget de 300 000 dollars ». C’est à peu près le coût de construction d’un orphelinat pour guépards.
Le temps presse. « Le guépard pourrait disparaître de régions entières en Afrique orientale. Les trafiquants pourraient ensuite le capturer plus au sud, en Afrique australe, encore préservée du braconnage », s’alarme Patricia Tricorache. Plus globalement, le nombre de guépards pourrait chuter de moitié dans les quinze prochaines années, selon les scénarios. Avec à ce rythme, pour le guépard, une fin de course possible dès le milieu du siècle.


 

7- Le commerce florissant des os de lion en Afrique du Sud, The Conversation, 20/01/19, 20:53. Par Ross Harvey, Senior Researcher in Natural Resource Governance (Africa), South African Institute of International Affairs

L’Afrique compte, selon les estimations, entre 20 et 30 000 lions sauvages. Mais les chercheurs ont de bonnes raisons de croire que leur nombre réel avoisine plutôt les 20 000, classant les lions dans la catégorie « vulnérable » des espèces menacées.
Cette catégorisation ne suffit cependant pas à restituer la réalité. Car les seules populations de félins en croissance sont parquées dans des réserves surveillées. Nous n’avons pas seulement affaire à une crise de l’espèce, mais aussi à une crise économique et écologique. Rappelons encore que les lions constituent de superprédateurs : des chaînes alimentaires et des systèmes écologiques entiers dépendent de leurs populations (en bonne santé). Ils contribuent par ailleurs largement au tourisme, une source majeure d’emplois et de revenus pour les communautés locales.


Des os à destination de l’Asie
En Afrique du Sud, et seulement dans ce pays, on autorise désormais l’élevage de lions en captivité. Or cette situation ne répond généralement à aucun objectif de conservation. 7 à 8 000 lions évolueraient ainsi en captivité dans près de 300 établissements. Ces animaux sont majoritairement élevés pour la chasse dite « en boîte » et le marché asiatique des os de félins.
À la suite d’une campagne mondiale, cette « chasse en boîte » a connu ces dernières années une désaffection. Les associations de défense des animaux affirment aujourd’hui que les lions captifs sont de plus en plus la cible du commerce d’os.
Un rapport préparé par la Fondation EMS et l’organisation Ban Animal Trading, montre que les os de lions sont vendus sur le marché noir comme étant des os de tigres. Plongés dans des cuves de vin de riz puis vendus comme du vin d’os de tigre, ils possèdent pour les marchés asiatiques une symbolique forte ; on les conseille notamment pour traiter les rhumatismes et l’impuissance. Les os servent aussi à fabriquer des gâteaux d’os de tigre, barres exotiques d’os mélangés et mixés avec des additifs, comme de la carapace de tortue par exemple.


 

8- Galapagos : guerre contre les rats, menace sur la mouette nocturne, AFP, 24/01/19, 23:00

L'Equateur a lancé un programme d'éradication des rats dans l'archipel des Galapagos, où les rongeurs menacent la mouette à queue fourchue, espèce nocturne unique sur la planète, a annoncé jeudi le Parc national des Galapagos (PNG).
La présence de rats "a affecté les éco-systèmes uniques de ces zones, qui sont des sites de nidation de plusieurs espèces d'oiseaux marins, comme les frégates et la mouette à queue fourchue" (Creagrus furcatus), a précisé le PNG un communiqué.
Le plan de dératisation a démarré il y a quelques jours dans l'île Seymour Norte et dans l'îlot voisin Mosquera de cet archipel, situé à 1.000 km de la côte équatorienne et baptisé du nom des tortues géantes qui y vivent.
Le Parc a précisé vouloir éradiquer le rat noir (Rattus rattus) et le rat norvégien (Rattus norvegicus), espèces qui ces dernières années ont envahi et proliféré dans ces zones de l'archipel.
Environ 3.000 kg de raticide sont dispersés par les gardes du parc, qui parcourent à pied les îles volcaniques, et aussi par des drones qui lâchent des appâts empoisonnés, une première au niveau mondial.
"L'utilisation des drones permet d'être plus précis et réduit les coûts de l'éradication des rongeurs invasifs sur les îles de petite et moyenne superficie", a précisé Karl Campbell, directeur de l'organisation Island Conservation, qui soutient ce programme.
La phase initiale du projet est prévue jusqu'à fin janvier, puis des contrôles seront menés pendant les deux prochaines années, temps jugé nécessaire pour éradiquer les rats de Seymour Norte et de Mosquera, selon un garde, Christian Sevilla, cité dans le communiqué.
Il a ajouté que la disparition des rats serait ensuite visible par le développement des cactus et d'autres espèces de plantes.
Les Galapagos possèdent une flore et une faune endémiques uniques au monde et sont l'un des écosystèmes les plus fragiles de la planète. L'archipel a été classé au Patrimoine naturel de l'Humanité par l'Unesco.

 

 

 

9- Pyrénées-Orientales : le loup qui voulait mourir parmi les hommes, Le Parisien, 31/01/19, 10h03, Christian Goutorbe

Malade, infesté de parasites et dénutri, un loup déjà aperçu autour du village d’Angoustrine (Pyrénées-Orientales) s’est laissé accueillir par une jeune fille pour vivre ses dernières heures.
Le loup d’Angoustrine (Pyrénées-Orientales) n’a pas survécu au froid et à la dénutrition de cet hiver sur le haut plateau Cerdan. Mardi, à bout de forces, épuisé par la maladie, il s’est laissé capturer en douceur par Lindsay, une amie des animaux.
Elle l’a ensuite transporté puis abrité sur une couverture dans un garage de cette petite commune de moyenne montagne couverte de neige. Puis les pompiers et les agents de l’office national des forêts et de la faune sauvage ont pris en charge l’animal sauvage au bout de sa vie, infesté de parasites et dénutri faute de pouvoir chasser.

Leur but est d’encourager la reforestation dans cette région particulièrement dense en population, afin de réguler la pollution et, au passage, battre le record du monde de 847 275 arbres plantés en une journée, détenu par le Pakistan depuis 2013.
Des étudiants et des femmes au foyer ainsi que des législateurs et des fonctionnaires du gouvernement sont venus nombreux, armés de jeunes plants, motivés par l’idée de se faire une place dans le Guinness Book.
“J’ai lu quelque part que cet arbre est une des espèces qui diffuse le plus d’oxygène” explique un jeune volontaire à Associated Press, fier du ficus qu’il vient tout juste de planter dans la forêt de la réserve Kukrail.
“Il y a tellement de pollution en ville que nous avons besoin des arbres pour produire de l’oxygène”
Pour Akhilesh Yadav, ministre en chef d’Uttar Pradesh, planter autant d’arbres encouragera la prise de conscience de l’importance du reboisement des forêts, et la nécessité de conserver et protéger l’environnement. “De sérieux efforts sont primordiaux pour réduire les émissions de carbone et limiter les effets du changement climatique,” a-t-il également déclaré. “Uttar Pradesh a fait un premier pas dans cette démarche.”
Les gouverneurs des 29 États de l’Inde sont vivement encouragés à lancer des opérations de reforestation, pour augmenter le nombre d’arbres dans tout le pays. Ces actions environnementales font partie des engagements pris par le gouvernement Indien, lors de la COP 21 qui a eu lieu à Paris, entre novembre et décembre 2015.
L’État a mis de côté près de 6,2 milliards de dollars (soit environ 5,6 milliards d’euros) pour des initiatives similaires, et espère honorer sa promesse, qui consiste à replanter l’équivalent de 95 millions d’hectares de forêt d’ici 2030. Des gardes-chasse à la retraite seront chargés de surveiller les régions où les arbres ont été plantés, afin d’observer et de contrôler la bonne croissance des jeunes plants. Seuls 60% d’entre eux sont destinés à pousser correctement.

 

 

4- La "mémoire" de la glace du Mont-Blanc bientôt conservée en Antarctique, AFP, 12/07/16, 12:00
Antoine Agasse


Stocker des échantillons de glaciers en Antarctique: l'idée peut paraître saugrenue. C'est pourtant l'objectif d'une équipe de chercheurs qui va se rendre en août sur le Mont-Blanc pour y prélever de la glace menacée par le réchauffement climatique.
"Ce n'est pas pour le plaisir de garder quelques glaçons. La glace est un puits d'information", explique à l'AFP Jérôme Chappellaz, directeur de recherche au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement (LLGE) à Grenoble.
Au total, une douzaine de glaciologues français, italiens et russes vont passer plusieurs jours à 4.300 mètres d'altitude, au col du Dôme, pour forer trois carottes de glace de 140 mètres de long.
Ces "échantillons" de plusieurs tonnes seront conditionnés dans des caisses isolantes puis une des carottes sera analysée au laboratoire de Grenoble pour constituer une base de données ouverte à tous les scientifiques. Les deux autres devraient rejoindre la base franco-italienne Concordia, en Antarctique, à l'horizon 2019 ou 2020.
Une opération de carottage est également programmée au printemps 2017 sur le glacier de l'Illimani, à 6.300 mètres d'altitude, en Bolivie, dans des conditions nettement plus difficiles.
Objectif : conserver pour des siècles la "mémoire de la glace", une "matière première" extrêmement précieuse pour les scientifiques.


- Recherche sur les virus -
En se formant sous l'effet des chutes de neige, les glaciers emprisonnent en effet de petites bulles d'air et des impuretés, témoins - en profondeur - de l'atmosphère d'il y a plusieurs dizaines ou milliers d'années.
C'est ainsi que les glaciologues ont pu établir le lien entre températures et gaz à effet de serre. Sur les glaciers du Mont-Blanc, les chercheurs peuvent étudier l'évolution de la pollution ou de l'activité industrielle au niveau européen sur une centaine d'années.
"On a ainsi un joli pic de césium 137 en avril 1986" après la catastrophe de Tchernobyl, sourit Jérôme Chappellaz.
Et au regard de l'évolution très rapide des technologies, "on est incapables de dire ce qu'on sera capables de faire scientifiquement dans 50 ans ou 100 ans", souligne-t-il: "Qu'est-ce qu'on pourra mesurer? Pour en tirer quoi comme information liée à l'environnement, au climat ou à la biologie ?"
Le chercheur cite notamment les recherches sur les mutations de virus ou de bactéries, piégés dans la glace, comme piste de travail possible.
Mais les glaciers évoluent - fondent - tout aussi rapidement, à tel point que ceux qui culminent à moins de 3.500 mètres devraient disparaître avant la fin du siècle dans les Alpes. Dans les Andes, le glacier de Chacaltaya (Bolivie), qui culminait à 5.300 mètres, a disparu dès 2009.
"Cette année, il y a eu de la fonte à 6.000 mètres sur l'Illimani avec le phénomène climatique El Niño", souligne Patrick Ginot, ingénieur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et un des initiateurs du projet.
Dans 50 ans, "on aura sans doute les outils pour analyser mais on n'aura peut-être plus les carottes de glace", pointe Jérôme Chappellaz.


- "Congélateur naturel" -
Dans les dix ans qui viennent, les glaciologues espèrent donc effectuer une vingtaine de carottages sur des sites répartis sur tous les continents. L'ensemble des carottes seront conservées dans une cave de neige à Concordia, "un congélateur naturel à -50°C", à l'abri des pannes électriques ou des attentats.
Le projet, qui s'inscrit dans un programme de l'Unesco, est notamment soutenu par le CNRS, l'Université Ca’Foscari de Venise et l'Université Grenoble Alpes (UGA).
Mais faute de retombées immédiates en termes de recherche, les financeurs traditionnels n'ont pas pu être sollicités. La fondation UGA a donc fait appel au mécénat privé pour trouver les quelque deux millions d'euros nécessaires sur cinq ans.